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Points clés à retenir
- Le dépôt de bilan ne rompt pas automatiquement votre contrat de travail.
- Les indemnités journalières CPAM continuent indépendamment de la situation de l’entreprise.
- Déclarez vos créances au mandataire judiciaire dans les 2 mois suivant le jugement.
- L’AGS couvre les salaires impayés et indemnités, mais uniquement si vous avez déclaré vos créances.
- La prescription des actions en paiement de salaires est de 3 ans — n’attendez pas.
Dépôt de bilan pendant un arrêt maladie : ce que cela signifie vraiment
J’ai reçu des dizaines de messages d’auditrices qui me posaient la même question avec une pointe de panique dans la voix : « Mon patron a déposé le bilan. Je suis en arrêt maladie. Qu’est-ce qui va m’arriver ? » Soyons honnêtes — la situation est stressante, mais elle n’est pas sans recours.
Le dépôt de bilan, techniquement appelé déclaration de cessation de paiements, est la démarche par laquelle un employeur signale au tribunal qu’il ne peut plus faire face à ses dettes avec ses actifs disponibles. Ce n’est pas la fin automatique de l’entreprise. Le tribunal peut ouvrir une procédure de redressement judiciaire (si un sauvetage est envisageable) ou une procédure de liquidation judiciaire (si la situation est irrémédiable).
Pour le salarié en arrêt maladie, la distinction entre ces deux issues est importante. Dans le premier cas, l’entreprise continue d’exister sous tutelle d’un administrateur. Dans le second, elle ferme et un liquidateur prend le relais pour liquider les actifs et payer les créanciers. Dont les salariés.
Le sort du contrat de travail pendant la procédure
Première chose à comprendre : un dépôt de bilan ne rompt pas automatiquement votre contrat de travail. Le contrat est maintenu, qu’il s’agisse d’un redressement ou d’une liquidation, jusqu’à ce qu’une décision explicite le termine.
En redressement judiciaire, l’administrateur judiciaire prend les rênes de la direction. Il peut décider de poursuivre l’activité, de céder tout ou partie de l’entreprise, ou de procéder à des licenciements économiques si c’est nécessaire au plan de sauvegarde. Votre contrat reste en vie pendant cette période d’observation, qui dure en général plusieurs mois.
En liquidation judiciaire, le liquidateur a pour mission de tout arrêter. Dans ce cas, les contrats de travail sont résiliés dans un délai légal strict. Généralement dans les 15 jours suivant le jugement de liquidation pour les salariés dont le poste n’est pas maintenu. C’est court. C’est pour ça qu’il faut agir vite.
Le rôle des mandataires de justice
L’administrateur judiciaire (en redressement) et le liquidateur (en liquidation) deviennent vos interlocuteurs directs. Ce sont eux qui signent les éventuels licenciements, qui valident les bulletins de paie en attente, qui déclarent les créances salariales à l’AGS. Leur coordonnées figurent sur le jugement du tribunal, publié au BODACC (Bulletin officiel des annonces civiles et commerciales).
Les droits du salarié en arrêt maladie
Voici ce que personne ne te dit dans les premiers jours de panique : tes indemnités journalières de la CPAM ne dépendent pas de la santé financière de ton employeur. Elles continuent d’être versées par la Sécurité sociale tant que tu remplis les conditions médicales et administratives.
Le taux de base des indemnités journalières en maladie ordinaire est de 50 % du salaire journalier de base, plafonné à 1,8 fois le SMIC. Pour les premiers jours, rappelle-toi qu’il existe un délai de carence de 7 jours pour la maladie ordinaire — ce délai s’applique à l’ouverture initiale de l’arrêt, pas à une prolongation.
Le complément employeur : qu’est-ce qui change ?
Selon ta convention collective et ton ancienneté, ton employeur pouvait verser un complément pour que ton salaire atteigne 90 % ou 100 % du net pendant une certaine période. C’est ce complément qui est en danger quand l’entreprise est en procédure collective.
Si l’entreprise est en liquidation et que le liquidateur ne peut plus assurer ce versement, la partie non couverte par la CPAM peut être prise en charge par l’AGS (Association pour la gestion du régime de Garantie des Salaires) — sous conditions et dans des limites précises. On y revient plus bas.
Ancienneté et congés payés
L’ancienneté continue de courir pendant un arrêt maladie, même en procédure collective. Les congés payés acquis non pris font partie des créances salariales protégées. Si la rupture intervient avant que tu aies pu les solder, tu as droit à une indemnité compensatrice de congés payés.
Licenciement et protection du salarié malade
On va droit au but : la protection contre le licenciement n’est pas absolue, même en arrêt maladie.
Pour une maladie ordinaire, l’employeur ne peut pas te licencier en raison de ton état de santé. Mais il peut te licencier pour un motif économique — y compris pendant ton arrêt — si la procédure collective l’exige. La liquidation judiciaire entre clairement dans ce cadre.
Pour un arrêt consécutif à un accident du travail ou une maladie professionnelle, la protection est renforcée. Le licenciement est interdit pendant la période de suspension du contrat, sauf faute grave ou impossibilité de maintenir le contrat pour un motif étranger à l’accident. La liquidation judiciaire peut constituer une telle impossibilité, mais le tribunal surveille de près.
Licenciement en procédure collective : les règles spécifiques
En liquidation judiciaire, le liquidateur peut procéder à des licenciements économiques sans avoir à respecter certaines procédures habituelles. Notamment le délai de consultation des représentants du personnel peut être raccourci. La priorité de réembauche reste due si l’entreprise redémarre sous une autre forme.
Pour une vidéo claire sur la mécanique des licenciements en liquidation judiciaire, celle de Ketty Leroux donne une explication accessible en moins de quatre minutes.
Les démarches à effectuer rapidement
J’ai testé, j’ai raté, et voilà ce que j’en retiens sur les situations de crise administrative : attendre coûte toujours plus cher qu’agir trop tôt. Voici les priorités.
Informer la CPAM si nécessaire
Ta CPAM continue de te verser tes indemnités sur la base des derniers éléments transmis. Si ta situation change (rupture du contrat, changement de médecin traitant), préviens-la. En cas de licenciement, tu devras fournir une attestation employeur pour Pôle Emploi (France Travail) — demande-la au liquidateur sans attendre.
Vérifier les bulletins de paie et les attestations
Rassemble tous tes bulletins de paie des 12 derniers mois. Vérifie que les déclarations sociales ont bien été effectuées (relevé de carrière Assurance retraite). Si des salaires n’ont pas été versés, note les montants exacts et les dates : ce sont vos créances à déclarer.
Déposer la déclaration de créance
C’est l’étape que beaucoup oublient. Si des sommes vous sont dues (salaires impayés, primes, indemnités), vous devez les déclarer auprès du mandataire judiciaire dans un délai légal. Ce délai est généralement de 2 mois à compter de la publication du jugement au BODACC. Ne ratez pas cette fenêtre.
Les sommes qui peuvent être récupérées
Le vrai game-changer ici, c’est l’AGS. Ce dispositif de garantie est souvent méconnu des salariés, alors qu’il protège des créances qui seraient perdues sans lui.
| Type de créance | Couverture AGS | Délai de référence |
|---|---|---|
| Salaires impayés | Oui, dans la limite du plafond | 45 jours maximum avant jugement |
| Indemnité de licenciement | Oui | Après rupture effective |
| Indemnité compensatrice de préavis | Oui (si inexécuté) | Selon contrat et convention |
| Congés payés non pris | Oui | Au moment de la rupture |
| Complément employeur maladie | Partiel, selon calcul AGS | Période couverte limitée |
L’AGS ne paie pas automatiquement. C’est le mandataire judiciaire qui établit un relevé de créances et le soumet à l’AGS. Vous n’avez pas à contacter l’AGS directement. Mais vous devez avoir déclaré vos créances pour figurer sur ce relevé.
Attention à la prescription
Les actions en paiement de salaires se prescrivent en 3 ans à compter du jour où vous auriez dû les percevoir. Passé ce délai, vous ne pouvez plus rien réclamer, même si la créance était légitime. C’est un délai à connaître absolument.
Cas particuliers et erreurs fréquentes
Plusieurs situations méritent une attention particulière, parce qu’elles génèrent des erreurs de compréhension coûteuses.
Contrat à durée déterminée
En CDD, la liquidation judiciaire peut entraîner la rupture anticipée du contrat. Vous avez droit à des dommages-intérêts correspondant aux salaires qui auraient été dus jusqu’au terme du contrat. Ces sommes sont des créances salariales couvertes par l’AGS dans les mêmes conditions qu’un CDI.
Temps partiel thérapeutique
Si vous étiez en temps partiel thérapeutique au moment du dépôt de bilan, votre situation est hybride : une partie de votre rémunération venait de l’employeur, l’autre de la CPAM. La partie CPAM continue. La partie employeur suit le sort des autres créances salariales — à déclarer auprès du mandataire.
Fermeture d’entreprise et liquidation : pas la même chose
Une entreprise peut fermer sans passer par une procédure collective (cessation volontaire d’activité, dissolution amiable). Dans ce cas, les règles de droit commun du licenciement économique s’appliquent. Avec les droits habituels. Mais sans l’AGS. La liquidation judiciaire, elle, implique l’intervention du tribunal et déclenche la protection AGS. La distinction change tout pour vos droits.
Ce qu’il faut préparer avant de réagir
Dans les coulisses d’une procédure collective, les délais courent vite. Voici les réflexes concrets à avoir.
Les documents à conserver absolument
- Tous vos bulletins de paie des 3 dernières années
- Votre contrat de travail et ses avenants
- Les courriels et courriers liés à votre arrêt maladie
- Vos attestations de salaire CPAM et arrêts de travail
- Le numéro de jugement et le nom du mandataire judiciaire (publié au BODACC)
À qui s’adresser en priorité
En premier : votre représentant syndical ou délégué du personnel si l’entreprise en a un — ils sont informés en amont et connaissent les démarches. Ensuite, un conseil de prud’hommes pour toute question sur vos droits individuels. Pour l’aide juridictionnelle, les Maisons du droit ou les associations d’aide aux victimes peuvent vous orienter gratuitement.
Et franchement, ça change tout de consulter un avocat spécialisé en droit social dès les premières semaines — ne pas agir par défaut parce que « ça coûte trop cher ».
Les délais à surveiller
Retenez-en deux : 2 mois pour déclarer vos créances au mandataire après publication du jugement. Et 3 ans de prescription pour les salaires impayés. Les autres délais (préavis, attestations) dépendent de votre convention collective. Vérifiez-la.
Questions fréquentes
Que se passe-t-il pour mon contrat si mon employeur dépose le bilan pendant mon arrêt maladie ?
Votre contrat de travail n’est pas automatiquement rompu. Il est maintenu jusqu’à ce qu’une décision explicite du mandataire judiciaire ou du tribunal y mette fin. En redressement judiciaire, vous pouvez rester salarié plusieurs mois. En liquidation judiciaire, les contrats sont en général résiliés dans les 15 jours suivant le jugement.
Puis-je être licencié pendant un arrêt maladie si l’entreprise est en liquidation ?
Oui. La liquidation judiciaire est considérée comme un motif économique réel et sérieux. Même si la maladie ordinaire protège contre un licenciement fondé sur l’état de santé, elle ne protège pas contre un licenciement économique lié à la fermeture de l’entreprise. Les règles sont plus strictes si votre arrêt est consécutif à un accident du travail ou une maladie professionnelle.
Vais-je continuer à percevoir mes indemnités journalières ?
Oui. Les indemnités journalières versées par la CPAM sont indépendantes de la situation financière de votre employeur. Elles continuent tant que votre médecin renouvelle votre arrêt et que vous respectez les obligations de la Sécurité sociale. Ce que vous pouvez perdre, c’est le complément employeur, qui dépend lui de la trésorerie de l’entreprise.
Mon employeur doit-il encore payer un complément de salaire ?
Légalement oui, si votre convention collective le prévoit. En pratique, si l’entreprise est en liquidation, elle ne peut souvent plus honorer ce versement. Ces sommes deviennent des créances salariales que vous devez déclarer auprès du liquidateur pour être couvert par l’AGS.
Que faire si mon dernier salaire n’a pas été versé ?
Notez le montant exact et la période concernée, puis déclarez cette créance auprès du mandataire judiciaire dans les 2 mois suivant la publication du jugement au BODACC. C’est la seule façon d’être inclus dans le relevé transmis à l’AGS pour remboursement.
L’AGS paie-t-elle automatiquement ce que l’entreprise me doit ?
Non, pas automatiquement. C’est le mandataire judiciaire qui établit le relevé des créances salariales et le soumet à l’AGS. Vous n’avez pas à contacter l’AGS directement, mais vous devez avoir déclaré vos créances pour y figurer. L’AGS rembourse dans des plafonds légaux. Elle ne couvre pas l’intégralité des sommes dans tous les cas.
Dois-je envoyer des documents à la CPAM ou au liquidateur ?
Les deux. À la CPAM : continuez de lui transmettre vos prolongations d’arrêt et informez-la de tout changement de situation (rupture du contrat notamment). Au liquidateur : transmettez votre déclaration de créance avec justificatifs (bulletins de paie, contrat, relevés des sommes dues) dans le délai légal de 2 mois.
Quels délais dois-je respecter pour ne pas perdre mes droits ?
Le délai le plus urgent est la déclaration de créance : 2 mois après la publication du jugement au BODACC. Passé ce délai, vous pouvez être forclos — c’est-à-dire perdre définitivement le droit de réclamer. La prescription des actions en paiement de salaires est de 3 ans, mais ne comptez pas là-dessus pour temporiser sur la déclaration de créance.



